Régulation MiCA des cryptos en France : guide complet pour les

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Rukkayah Jigam
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La France possède l’un des cadres réglementaires les plus structurés d’Europe pour les cryptos. Elle a mis en place son propre dispositif national bien avant l’UE et fut parmi les premiers États membres à finaliser la transition vers les règles européennes. Depuis le 1er juillet 2026, cette transition est achevée. Ce guide explique ce qui a changé, ce que cela implique pour les utilisateurs français et ce que la réglementation couvre — ou non.

Du PSAN à MiCA : ce qui a changé en France

La France a instauré son cadre réglementaire en 2019 avec la loi PACTE, qui a créé le régime PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques). Toute entreprise proposant des services de conservation, d’échange ou de courtage de cryptos à des clients français devait s’enregistrer auprès de l’AMF. Des exigences de conformité renforcées sont entrées en vigueur le 1er juillet 2023, relevant encore le niveau d’exigence.

 

Le régime PSAN était une spécificité française, applicable uniquement sur le territoire national. Une société enregistrée PSAN ne pouvait pas utiliser ce statut pour servir des clients en Allemagne, en Espagne ou dans un autre pays de l’UE sans passer par la procédure propre à chaque État. Cela a changé avec MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation), le cadre européen qui régit les émetteurs de crypto-actifs, les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) — comme les plateformes d’échange, courtiers ou dépositaires — ainsi que les émetteurs de stablecoins. MiCA est entré en vigueur le 30 décembre 2024, avec une période de transition de 18 mois pour les dispositifs nationaux existants.

 

La France a fixé la fin de la transition au 30 juin 2026. À compter du 1er juillet 2026, seuls les CASP agréés MiCA peuvent légalement proposer des services sur crypto-actifs aux clients français. Le régime PSAN a été totalement abrogé à cette date et toute société opérant uniquement sous enregistrement PSAN a été radiée. La différence est majeure : l’agrément CASP MiCA confère les droits de passeport européen : une entreprise agréée dans un État membre peut notifier les régulateurs des autres pays et servir des clients dans toute l’UE. L’enregistrement PSAN ne le permettait pas. Cela signifie que les utilisateurs français peuvent désormais accéder légalement à des plateformes disposant d’un agrément CASP MiCA délivré au Luxembourg, en Irlande, en Allemagne ou dans tout autre pays de l’UE, à condition que la société ait notifié l’AMF via la procédure de passeport.

Le rôle de l’AMF sous MiCA

L’Autorité des marchés financiers (AMF) est l’autorité nationale compétente (NCA) en France dans le cadre de MiCA. Elle instruit les demandes d’agrément CASP pour les sociétés souhaitant opérer en France, supervise les CASP agréés actifs sur le territoire et reçoit les notifications de passeport des CASP agréés ailleurs dans l’UE.

 

L’AMF a historiquement adopté une approche plus stricte que la plupart de ses homologues européens. Le régime PSAN imposait des exigences en matière de lutte contre le blanchiment, de cybersécurité et d’organisation, allant au-delà du minimum requis. Lors de l’entrée en vigueur de MiCA, l’AMF a proposé une procédure simplifiée pour les PSAN ayant obtenu le niveau d’enregistrement le plus élevé (« renforcé »), reconnaissant que ces sociétés avaient déjà franchi une grande partie des étapes de conformité.

 

L’AMF publie sur son site un registre des CASP agréés, mis à jour au fil des agréments et notifications de passeport. Les utilisateurs français peuvent consulter ce registre pour vérifier si une plateforme est effectivement autorisée à les servir.

 

Il est important de vérifier précisément ce registre. Faites correspondre l’entité juridique de la plateforme avec le nom figurant sur l’inscription AMF. Vérifiez ensuite que l’autorisation couvre bien le service que vous souhaitez utiliser. Un nom de marque connu ne suffit pas, car un groupe peut opérer via différentes entités selon les pays. La date du 1er juillet 2026 a rendu cette distinction cruciale. Revérifiez l’inscription si la plateforme modifie ses conditions ou migre des comptes. L’agrément MiCA détermine le cadre réglementaire pour servir les clients français, mais ne remplace pas la lecture attentive des conditions générales, la compréhension du mode de conservation des actifs et la conservation des justificatifs pour la fiscalité française.

 

MiCA confère aux NCA comme l’AMF des pouvoirs de supervision, notamment la possibilité de suspendre ou retirer un agrément, d’infliger des amendes ou de restreindre certains services. Pour les utilisateurs français, cela signifie que les plateformes sont soumises à un contrôle continu, et non à une simple vérification initiale.

Plateformes agréées accessibles aux utilisateurs français

En juillet 2026, les plateformes ci-dessous disposent d’un agrément CASP MiCA et sont accessibles aux résidents français, soit via un agrément direct, soit via le passeport européen.

PlateformeAutorité d’agrémentPasseport pour la France
CoinbaseCSSF (Luxembourg)Oui
Kraken / Payward EuropeCBI (Irlande)Oui
BitpandaBaFin (Allemagne)Oui

Binance is not on this list. Binance a suspendu la plupart de ses services crypto pour les utilisateurs français après avoir échoué à obtenir l’agrément MiCA avant le 30 juin 2026. Son enregistrement PSAN AMF précédent (E2022-037) ne lui permet plus d’offrir des services crypto réglementés en France. Après la date limite, Binance autorisait uniquement les retraits pour les utilisateurs français, dans l’attente de la résolution de son statut réglementaire.

 

Les utilisateurs français de Binance doivent vérifier le statut actuel de leur compte directement auprès de la plateforme. Utiliser une plateforme non agréée MiCA pour les clients français comporte des risques juridiques et financiers. Ce tableau reflète la situation après le 1er juillet 2026 et évoluera à mesure que d’autres CASP obtiendront l’agrément ou notifieront l’AMF dans le cadre du passeport. Le registre publié par l’AMF fait foi pour connaître la situation à jour.

Fiscalité des cryptos en France

MiCA est un cadre réglementaire : il encadre le fonctionnement des entreprises crypto, mais ne modifie pas la fiscalité française. Depuis le 1er janvier 2026, les plus-values sur cryptos pour les personnes physiques résidentes en France sont imposées au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) au taux global de 31,4 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Un abattement annuel s’applique : les cessions dont le montant total est inférieur à 305 € ne sont pas imposables.

 

Le taux précédemment cité était de 30 %. Le taux actuel de 31,4 % s’applique depuis début 2026. Les résidents français peuvent également opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu à la place du PFU. L’intérêt de cette option dépend de la situation fiscale globale de chacun.

 

Reporting obligations : MiCA ne modifie pas les obligations déclaratives. Les plus-values doivent être déclarées sur le formulaire 2086. Les comptes d’actifs numériques détenus auprès de plateformes étrangères doivent être déclarés sur le formulaire 3916-bis. Ces obligations relèvent du droit fiscal français, non de MiCA.

 

Une évolution à venir : l’Assemblée nationale a voté un amendement anti-fraude imposant aux résidents français détenant plus de 5 000 € en wallets d’auto-conservation de déposer une déclaration annuelle auprès de l’administration fiscale (DGFIP). Il s’agit d’une obligation fiscale, et non d’une obligation d’enregistrement AMF. Les modalités restent à préciser par décret à la date de rédaction de cet article.

Auto-conservation pour les utilisateurs français

MiCA régule les prestataires de services sur crypto-actifs, mais ne vise pas les particuliers qui détiennent leurs cryptos sur un wallet personnel.

 

Le considérant 66 de MiCA préserve explicitement le droit de chaque individu à détenir des crypto-actifs sur un wallet sans passer par un prestataire réglementé. Le droit français, aligné sur MiCA, confirme que individuals' self-custody of crypto-assets is not subject to CASP licensing rules, qui s’appliquent uniquement aux prestataires professionnels. Les fabricants de hardware ou software wallets, ainsi que les utilisateurs de wallets auto-hébergés, n’ont pas à s’enregistrer auprès de l’AMF simplement pour produire ou utiliser des outils d’auto-conservation.

 

Concrètement, l’auto-conservation signifie que l’utilisateur contrôle directement ses clés privées. Les transactions sont signées localement, puis diffusées sur la blockchain, sans qu’un intermédiaire ou une plateforme d’échange ne détienne les clés. Cela supprime la dépendance à la solvabilité d’une plateforme, mais transfère l’entière responsabilité de la gestion des clés à l’utilisateur : en cas de perte des identifiants, aucune récupération n’est possible. Avec un hardware wallet à 3 cartes, il est possible de conserver les cartes de sauvegarde séparément de la carte d’usage quotidien.

 

Un hardware wallet permet de réduire ce risque en générant et stockant les clés privées hors ligne. La clé privée ne transite jamais vers un appareil connecté à Internet. Les transactions sont signées directement sur le hardware, puis diffusées via l’application associée. Cette séparation est essentielle lorsque le téléphone va en ligne : la signature reste sur le wallet, l’application ne fait que diffuser la transaction finalisée.

 

Tangem Wallet est une option pour les utilisateurs français recherchant un hardware wallet. Il se présente sous forme de carte NFC, ne nécessite ni batterie ni recharge, et stocke les clés privées sur un composant sécurisé Samsung S3D350A certifié Common Criteria EAL6+. La configuration recommandée ne fait pas appel à une seed phrase : les clés sont générées sur la puce, ne quittent jamais le composant sécurisé et ne sont pas extractibles. Le pack de 2 cartes coûte 54,90 $, celui de 3 cartes 69,90 $. L’application est disponible sur iOS 16.0 ou supérieur et Android 6.0 ou supérieur avec NFC, sans interface web ou desktop.

 

La documentation Tangem précise que le produit est conforme au RGPD, sans création de compte ni KYC requis pour l’usage de base. Les services tiers d’achat ou d’échange intégrés à l’application peuvent imposer leurs propres exigences KYC. Une limite concrète du mode sans seed phrase : si toutes les cartes de sauvegarde sont perdues et qu’aucune seed phrase n’a été générée, les fonds deviennent irrécupérables. Les utilisateurs français sont donc invités à configurer l’ensemble des 3 cartes et à les stocker séparément.

 

L’amendement anti-fraude évoqué dans la partie fiscalité imposerait de déclarer à la DGFIP tout solde d’auto-conservation supérieur à 5 000 €. Il s’agit d’une obligation fiscale, et non d’une interdiction de l’auto-conservation. L’auto-conservation reste parfaitement légale.

FAQ

  • Le régime PSAN a été totalement abrogé le 1er juillet 2026. Une société opérant encore uniquement sous enregistrement PSAN a été radiée et a perdu le droit de servir des clients français. Si vos actifs sont sur une telle plateforme, vérifiez son statut actuel et suivez les instructions fournies pour votre compte.

  • Commencez par consulter le registre CASP publié par l’AMF. Faites correspondre l’entité juridique de la plateforme avec l’inscription. Vérifiez ensuite que l’autorisation couvre bien le service souhaité. Pour une plateforme agréée ailleurs dans l’UE, assurez-vous aussi qu’elle a notifié l’AMF via le passeport européen.

  • Pas pour la plupart des services, à partir de juillet 2026. Binance n’a pas obtenu l’agrément MiCA avant la date limite du 30 juin 2026. Son enregistrement PSAN AMF (E2022-037) ne lui permet plus d’offrir des services crypto réglementés en France. Binance a suspendu la majorité de ses services pour les utilisateurs français, n’autorisant que les retraits après la date limite. Les utilisateurs doivent vérifier le statut actuel directement auprès de Binance et envisager de passer à une plateforme agréée MiCA.

  • MiCA ne modifie pas les obligations déclaratives françaises. Les plus-values doivent être déclarées sur le formulaire 2086. Les comptes d’actifs numériques détenus auprès de plateformes étrangères doivent être déclarés sur le formulaire 3916-bis. Un amendement anti-fraude prévoit aussi une déclaration annuelle à la DGFIP pour les soldes d’auto-conservation supérieurs à 5 000 €. Les modalités restent à préciser par décret.

  • Les résidents français n’ont pas besoin d’enregistrement AMF ni d’agrément CASP pour détenir des cryptos sur un wallet personnel. Ces règles concernent les prestataires professionnels. Le considérant 66 de MiCA garantit le droit de détenir des crypto-actifs sans passer par un prestataire agréé. L’obligation de déclaration à 5 000 € concerne la fiscalité, pas le droit à l’auto-conservation.

  • Un CASP agréé dans un autre pays de l’UE peut servir des clients français via le passeport, à condition de notifier l’AMF. En juillet 2026, les plateformes confirmées comme agréées MiCA et accessibles aux résidents français sont Coinbase (agréée au Luxembourg par la CSSF), Kraken / Payward Europe (agréée en Irlande par la CBI) et Bitpanda (agréée en Allemagne par la BaFin). Le registre CASP de l’AMF fait foi et évolue au fil des nouveaux agréments.

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Auteur Rukkayah Jigam

Writer & editor covering digital assets and product updates.

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Examiné par Patrick Dike-Ndulue

Senior editor covering crypto, onchain equities, and technology.