Monnaies numériques de banque centrale : menace ou complément aux cryptos ?
- Qu’est-ce qu’une CBDC ?
- Monnaies numériques de banque centrale (CBDC) : panorama
- Quels problèmes les CBDC cherchent-elles à résoudre ?
- Quelle différence entre CBDC et cryptomonnaies ?
- Types de CBDC
- Pays utilisant les CBDC
- Comment utiliser les CBDC ?
- Quel impact du déploiement des CBDC sur la crypto ?
- Conclusion : que signifient les CBDC pour les utilisateurs de crypto ?
Chaque année, un nombre croissant de pays discutent de la création de monnaies numériques émises par leur banque centrale. Les CBDC représentent la valeur des fonds d’un État, comme le yuan numérique en Chine.
En pratique, une monnaie numérique de banque centrale agit comme un moyen de paiement virtuel, émis et contrôlé par l’État, qui garantit la stabilité du taux de change sur la base de ses composantes en espèces et scripturales, et régule la circulation monétaire.
Dans cet article, nous abordons le sujet des CBDC et la question de savoir si elles menacent la survie des cryptomonnaies, notamment des stablecoins comme l’USDT et l’USDC.
Key Facts
- Une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) est la version numérique de la monnaie fiduciaire d’un pays.
- Une CBDC est émise par l’autorité monétaire ou la banque centrale d’un pays pour favoriser l’inclusion financière et faciliter la mise en œuvre des politiques monétaires et budgétaires.
- Dans le monde entier, les pays étudient comment les CBDC pourraient impacter leur économie, leur système financier et leur stabilité globale.
Qu’est-ce qu’une CBDC ?
Une Central Bank Digital Currency (CBDC) est une forme numérique de la monnaie nationale, émise et régulée par la banque centrale. Contrairement aux monnaies physiques traditionnelles, la CBDC existe sous forme électronique ou digitale, et ses transactions sont généralement enregistrées sur une blockchain ou un registre centralisé.
Les CBDC sont considérées comme ayant cours légal et sont garanties par la confiance et le crédit de l’État émetteur.
Ces monnaies numériques améliorent l’efficacité, la sécurité et la traçabilité des transactions financières, tout en permettant à la banque centrale de garder la main sur la masse monétaire et la politique monétaire.
Monnaies numériques de banque centrale (CBDC) : panorama
Le développement rapide et la popularisation des cryptos posent un véritable défi à la stabilité des systèmes financiers de tous les pays. Le marché crypto attire de plus en plus d’acteurs, notamment de grandes entreprises et institutions. La circulation des cryptomonnaies augmente, tout comme leurs usages.
Du point de vue de l’économie traditionnelle, le marché crypto est une zone grise opaque, qui fonctionne comme une économie parallèle. Par conséquent, la crypto remet en cause le monopole des États sur l’émission monétaire.
Dans ce contexte, les CBDC apparaissent comme une réponse logique au marché crypto. Elles visent à sortir les cryptomonnaies de l’ombre, non par l’interdiction, mais en leur opposant une concurrence directe.
Les gouvernements cherchent à proposer aux acteurs économiques des monnaies proches des cryptos, dans l’espoir de conquérir une part significative du marché ou même de supplanter les cryptomonnaies.
Quels problèmes les CBDC cherchent-elles à résoudre ?
Au-delà de la volonté de réguler le marché crypto, les CBDC visent à lutter contre l’exclusion financière. Par exemple, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, l’accès aux services financiers reste difficile pour une partie de la population. Les CBDC ont pour objectif de répondre à divers enjeux et d’apporter des solutions potentielles, notamment :
- Efficacité des paiements : les CBDC peuvent accélérer et fluidifier les transactions, offrant des systèmes de paiement plus rapides que les méthodes traditionnelles.
- Inclusion financière : en proposant une monnaie numérique garantie par la banque centrale, les CBDC favorisent l’inclusion financière, permettant aux personnes non bancarisées de participer à l’économie digitale.
- Réduction des coûts de transaction : les CBDC pourraient diminuer les coûts de transaction pour les particuliers et les entreprises, notamment dans les paiements transfrontaliers, stimulant ainsi le commerce international.
- Mise en œuvre de la politique monétaire : les CBDC offrent de nouveaux outils aux banques centrales pour piloter la politique monétaire, avec un contrôle plus direct sur la masse monétaire et la gestion des taux d’intérêt.
- Lutte contre la contrefaçon : la nature numérique des CBDC réduit le risque de contrefaçon et renforce la sécurité de la monnaie.
- Stabilité financière : les CBDC peuvent renforcer la stabilité du système financier en proposant une forme de monnaie numérique fiable, moins sujette à la volatilité de certaines cryptos.
- Contrôle de la masse monétaire : les CBDC permettent aux banques centrales de contrôler directement l’émission et la circulation de la monnaie, pour une gestion plus efficace.
- Concurrence avec les cryptomonnaies : les CBDC offrent une alternative publique aux cryptos privées, réduisant potentiellement les risques liés aux stablecoins non régulés.
La mise en place des CBDC implique une réflexion approfondie sur les aspects économiques, technologiques et réglementaires, et leur impact dépendra du contexte et des choix de chaque pays.
Quelle différence entre CBDC et cryptomonnaies ?
L’essentiel à retenir sur les CBDC, c’est qu’elles s’inscrivent totalement dans le système financier traditionnel. Techniquement proches des cryptos, elles en sont cependant très éloignées dans l’esprit. Les CBDC restent avant tout de la monnaie fiduciaire – dollar, euro, yuan ou yen –, émise par les banques centrales, mais sous forme numérique plutôt que papier.
- Les monnaies numériques de banque centrale peuvent fonctionner ou non sur une blockchain, alors que les cryptomonnaies sont toujours basées sur la blockchain.
- Les CBDC ne sont pas décentralisées, car elles sont émises et contrôlées par les banques centrales, tandis que les régulateurs financiers n’ont pas d’influence directe sur les cryptos.
- Un mécanisme de consensus valide les transactions crypto, alors que la blockchain n’est pas indispensable pour les CBDC, car la validation est assurée par la banque centrale.
- Les CBDC ne sont pas anonymes, tandis que la crypto peut être considérée comme un moyen de paiement conditionnellement confidentiel, notamment pour les anonymous coins comme Monero et Zcash.
- La CBDC incarne la monnaie de l’État, qui garantit sa reconnaissance et son acceptation sur son territoire. À l’inverse, les cryptos sont la « bête noire » des gouvernements, qui cherchent à les freiner.
Types de CBDC
Les Central Bank Digital Currencies (CBDC) se déclinent en plusieurs types selon leurs caractéristiques et leur mode de fonctionnement. Les deux principales catégories sont les CBDC de détail et de gros.
CBDC de détail
Une CBDC de détail est destinée au grand public, accessible aux particuliers et aux entreprises. Elle s’utilise pour les transactions quotidiennes, à l’image des espèces ou des moyens de paiement digitaux. Les CBDC de détail sont émises et distribuées directement par la banque centrale à la population, favorisant l’inclusion financière.
CBDC de gros
Une CBDC de gros vise les institutions financières, les banques centrales et les transactions de grande ampleur. Elle sert principalement aux opérations interbancaires, aux règlements et aux marchés financiers. Sa distribution est réservée aux institutions financières autorisées et aux entités participant au système CBDC de gros. Ce type de CBDC met l’accent sur l’efficacité et la sécurité des transactions à grande échelle.
Au-delà de ces distinctions, d’autres variantes existent :
Token-based CBDCs : représentées sous forme de jetons numériques sur une blockchain ou un registre distribué, ces CBDC peuvent être transférées directement entre utilisateurs, facilitant les paiements pair-à-pair.
Account-based CBDCs : détenues sur des comptes numériques, à l’image des comptes bancaires classiques, ces CBDC sont transférées via le registre de la banque centrale, sous supervision réglementaire.
Cross-border CBDCs : conçues pour faciliter les transactions et règlements transfrontaliers, elles pourraient réduire le besoin d’intermédiaires.
Ces types ne sont pas exclusifs, et chaque banque centrale peut combiner plusieurs caractéristiques selon ses objectifs et les besoins de son économie.
Pays utilisant les CBDC
Les CBDC sont un concept récent et encore en construction. Il n’existe pas de méthodologie standardisée pour leur création ou leur déploiement, chaque État développant sa propre technologie. De nombreux pays sont déjà à différentes étapes d’expérimentation ou de mise en œuvre. Selon le Central Bank Digital Currency Tracker de l’Atlantic Council, deux tiers des pays travaillent à la création et à l’application de CBDC.
En Chine, aux Bahamas, au Nigeria et dans l’Union monétaire des Caraïbes orientales, les citoyens peuvent déjà utiliser des CBDC. Dans d’autres pays, les monnaies numériques sont en phase pilote ou à l’étude.
Les gouvernements rencontrent des succès divers et font face à des défis variés lors de l’introduction de ces monnaies.
Aux Caraïbes, une CBDC a été lancée il y a plusieurs années, mais elle n’est utilisée que par une faible part de la population. Si la mise en place du cadre législatif n’a pas posé de problème majeur, des difficultés d’infrastructure sont apparues. Smartphones, QR codes, cartes virtuelles et processus commerciaux adaptés sont nécessaires au fonctionnement des CBDC, mais ces éléments restent peu développés dans la région.
Le e-Naira
La situation au Nigeria est différente. L’infrastructure financière permet l’utilisation efficace des CBDC, mais l’inflation y est très élevée. Il est plus simple et plus avantageux pour les Nigérians de convertir leur monnaie locale en cryptomonnaie pour éviter la dépréciation.
Le yuan numérique (e-CNY)
Le déploiement de la CBDC chinoise est un franc succès. Plus de 250 millions de résidents utilisent déjà le yuan numérique (e-CNY), avec un volume de transactions atteignant 14 milliards USD à l’été 2022. La Chine travaille désormais à faciliter le commerce international via l’e-CNY.
Le dollar numérique
Plusieurs projets de CBDC sont en cours aux États-Unis, dont trois supervisés par le Massachusetts Institute of Technology.
Les États-Unis ne se précipitent pas pour lancer le dollar numérique. En décembre 2022, le département du Trésor a estimé qu’il n’était pas nécessaire d’accélérer le lancement d’une CBDC ni d’introduire un dollar numérique. Le ministère considère que les régulateurs américains doivent d’abord évaluer si la CBDC permettrait d’accélérer et de réduire le coût des paiements interbancaires en ligne.
Le 22 mars 2023, l’Office of Financial Research (OFR) a publié un rapport sur les perspectives d’intégration des CBDC. Selon ce rapport, l’introduction du dollar numérique entraînerait une baisse des dépôts bancaires, ce qui pourrait mettre les petites banques en difficulté.
En Europe, les membres de l’UE proposent également des initiatives, mais aucun consensus n’a été trouvé et aucun projet n’a encore vu le jour.
L’Australie, le Japon, la Géorgie et l’Ukraine ont annoncé des projets pilotes de CBDC pour 2023.
Le rouble numérique
La Banque centrale de la Fédération de Russie a aussi lancé un projet pilote de rouble numérique le 1er avril 2023. La première étape consiste à tester les transactions entre particuliers – clients bancaires techniquement prêts – et les paiements dans le commerce et les services. Ensuite, la Banque centrale prévoit d’étendre l’utilisation du rouble numérique. Le régulateur envisage aussi un jeton numérique adossé à l’or pour les transactions internationales.
Comment utiliser les CBDC ?
Le principe d’utilisation des CBDC est globalement similaire dans tous les pays. Prenons l’exemple du yuan numérique (e-CNY).
Pour effectuer une transaction en e-CNY, il faut d’abord créer un wallet en ligne, en téléchargeant une application iOS ou Android depuis les stores chinois.
L’application est le principal moyen d’accéder au yuan numérique. Elle est opérée par des banques chinoises autorisées à fournir des services de wallet en ligne et à faciliter l’échange public de la monnaie numérique.
Les utilisateurs peuvent créer plusieurs wallets dans l’application et :
- Définir des plafonds de dépenses quotidiens ;
- Associer des applications et services pouvant être payés en e-CNY ;
- Lier leurs cartes bancaires à leurs wallets.
En plus de payer des biens et services en ligne, il est possible de transférer de petits montants entre particuliers et d’échanger le yuan numérique sans connexion internet – l’application prenant en charge la technologie NFC.
Quel impact du déploiement des CBDC sur la crypto ?
Les CBDC vont-elles remplacer les cryptomonnaies ? La plupart des experts estiment que non. CBDC et crypto répondent à des besoins différents, représentent des valeurs distinctes et évoluent dans des univers séparés.
La CBDC est une forme numérique centralisée et privée de monnaie, sans anonymat. La crypto, elle, est un moyen de paiement décentralisé, transparent et anonyme.
Comme toute monnaie fiduciaire, les CBDC sont exposées à l’inflation. Cela diffère des cryptos, connues pour leurs halvings, leurs token burns et leurs smart contracts impartiaux. Dans les pays à forte inflation, il est préférable de conserver ses économies en crypto et de les stocker dans un cold wallet auto-custodial sécurisé comme le Tangem Wallet.
Conclusion : que signifient les CBDC pour les utilisateurs de crypto ?
Les CBDC sont encore loin de concurrencer les cryptomonnaies. Les cryptos évoluent dans une réalité parallèle où ce sont les individus qui décident, et non la banque centrale, le gouvernement ou les institutions d’État.
Il est plus pertinent de comparer les CBDC à l’argent liquide. Les monnaies numériques de banque centrale présentent plusieurs avantages par rapport à cette forme de monnaie fiduciaire.
Un des atouts pour les utilisateurs est la possibilité de réaliser des transactions directes sans passer par des systèmes de paiement tiers, ce qui les rend plus rapides et moins coûteuses. De plus, la monnaie scripturale reste liée à une banque, qui peut refuser son émission dans certaines circonstances.
Les CBDC, elles, ne dépendent pas des banques et ne peuvent pas être bloquées. En ce sens, elles se rapprochent de la crypto ou de l’argent liquide en poche.
Pour les gouvernements, les CBDC offrent la possibilité d’automatiser de nombreux processus économiques, aujourd’hui très bureaucratiques : paiement des impôts, cotisations aux caisses de retraite… Contrairement au cash, l’État garde un contrôle total sur les transactions en CBDC, ce qui simplifie la conduite de la politique monétaire.
En outre, les paiements transfrontaliers en CBDC sont une alternative plus rapide et moins chère aux systèmes existants.
Il faut aussi rappeler que les monnaies numériques sont 100 % virtuelles : les États n’ont plus besoin d’acheter du papier, ni de financer l’impression, le transport, le stockage ou la destruction, ce qui représente des économies importantes pour les finances publiques.
Le débat sur les avantages et inconvénients des CBDC et leur utilité réelle est mondial et loin d’être tranché. Seul l’avenir dira ce qu’il en sera.